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La charte du journalisme scientifique

Les propositions ci-dessous concernent une charte du journalisme scientifique. Si on peut utiliser la Charte de Munich pour couvrir le journalisme généraliste, il est quand même important d'avoir une charte spécifique pour le journalisme scientifique. La vérification des sources est cruciale et la suppression des conflits d'intérêt est tout autant. Ces propositions sont respecté par notre site Actualité Houssenia Writing depuis le mois de septembre 2016. Cette charte a été motivé par des discussions internes de notre équipe dont certains membres se sont retrouvé au milieu de controverses pour traiter un sujet scientifique.

Journalisme scientifique ou journalisme de science ?

Dans le monde anglophone, le terme Scientific Journalism fait référence à 2 notions très différentes. Ainsi, le Science Journalism se réfère à l'actualité scientifique tandis que le Scientific Journalism a été proposé par Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, pour que le journalisme généraliste soit traité de la même façon que les études scientifiques.1) Si un scientifique émet une hypothèse et la teste dans son laboratoire, alors il se doit de fournir toutes les données pour que les autres chercheurs puissent la reproduire. Pour Assange, le Scientific Journalism consiste à fournir toutes les données brutes et les sources pour couvrir une information afin que chacun puisse se faire son opinion.

Cette méthode a des inconvénients dans la mesure où le citoyen lambda n'a pas les moyens d'analyser les données brutes. De plus, les médias vont constamment piocher les données brutes qui les intéressent en délaissant les autres. Assange estime que cet inconvénient est tolérable puisque la totalité des données resteront publiques et que les journalistes et les chercheurs pourront toujours les analyser pendant des années. Ainsi, un journalisme d'investigation qui ne fournit pas de sources ou qui utilise la protection des sources ne doit pas être considéré comme du journalisme, mais une tentative de propagande avec une vision biaisée.

Dans notre cas, nous allons utiliser le terme de journalisme scientifique pour le traitement de l'actualité scientifique puisque c'est un terme qui est accepté par les journalistes scientifiques et les chercheurs.

Les propositions de la charte du journalisme scientifique

  1. Le journaliste scientifique ne doit présenter aucun conflit d'intérêts dans le traitement de l'actualité que ce soit via des moyens directs ou indirects.
  2. En cas de conflit d'intérêts, le journaliste scientifique se doit de le mentionner clairement dans ses articles.
  3. Tout le monde peut pratiquer le journalisme scientifique, mais une connaissance des processus scientifiques est de mise que ce soit la pensée critique ou les protocoles propres à chaque discipline.
  4. Le journalisme scientifique doit bénéficier d'un cadre de travail à part entière. Il doit bénéficier d'une société de rédacteurs qui est composée de journalistes et de chercheurs.
  5. Le journaliste scientifique doit éviter le relativisme dans sa couverture. Si l'hypothèse fait l'objet d'un consensus, alors il ne doit pas proposer d'hypothèses alternatives sous prétexte que chacun a le droit à sa vérité. Si le relativisme a sa place dans un journalisme généraliste, il est déconseillé dans le traitement de l'actualité scientifique.
  6. Le fait est muet. Tout fait passe par une interprétation que ce soit par les auteurs de l'hypothèse ou le journaliste qui lit l'étude. S'assurer que l'interprétation évite tous les biais possibles.
  7. Le journaliste comme le chercheur est soumis constamment à des biais cognitifs. Ces biais sont difficiles à éviter, mais la connaissance des principaux est un préalable avant de traiter une actualité scientifique.
  8. Le journaliste scientifique doit comprendre les éléments de la pensée critique tels que l'hypothèse de parcimonie, la réfutabilité de la preuve, la taille de l'échantillon ainsi que des connaissances de base en statistique.
  9. Le journalisme scientifique ne peut pas être soumis à un comité de direction ou une ligne éditoriale qui contredit le consensus scientifique. Il est du devoir du journaliste de dénoncer toutes les pressions, intimidations et propagandes au sein de la rédaction.
  10. Le journalisme scientifique doit avoir le temps nécessaire pour traiter la portée d'une étude scientifique. La rédaction et le comité de direction doivent lui laisser ce temps nécessaire.
  11. Le conditionnel est une règle, pas une option. La science étant un processus continu, la plupart des études, annonçant de nouvelles découvertes, doivent être reproduites avant d'arriver à un début de consensus. De ce fait, le conditionnel est de règle pour tous les traitements de l'actualité scientifique sans aucune exception.
  12. S'il est spécialisé dans le domaine des études médicales, le journaliste scientifique doit redoubler d'attention dans sa couverture. De nombreuses pseudosciences et des mouvements anti-sciences ont émergé à cause d'une couverture catastrophique sur un fait scientifique qui a été transformé en généralité. Le journaliste se doit vérifier toutes les sources avant de traiter une actualité médicale.
  13. Avoir une bonne connaissance des coulisses de la publication scientifique. Tout journaliste scientifique doit comprendre les phénomènes tels que le Publish or Perish ou le Predatory Publishing pour éviter de propager des rumeurs qui se font passer pour de la science.
  14. Le journaliste scientifique doit être régulièrement en contact avec les chercheurs et les laboratoires afin d'avoir une idée de l'avancement de la science par rapport à ses prétentions et les attentes du public.
  15. Le journaliste scientifique doit distinguer les différentes études qui peuvent être primaires, secondaires, mais également des études d'agenda ou de marketing. Ainsi avant le vote d'une loi importante qui se base sur des faits scientifiques, il est coutumier de voir des études commanditées par les industriels et les associations militantes pour influencer l'opinion publique. Il est du devoir du journaliste scientifique de traiter ces études avec une extrême précaution en accordant la place nécessaire à la critique de ces études.
  16. Se méfier des petits effets impliquant de grands effets. De plus en plus, à cause du phénomène de Publish or Perish, les études scientifiques se basent sur un échantillon minimal, mais leurs conclusions sont sur de grandes échelles.
  17. Privilégier les études dans les revues évaluées par les pairs et ayant un facteur d'impact suffisant qui prouve leur fiabilité. Cela ne signifie pas qu'on doit traiter toutes les études de ces revues sans la moindre précaution.
  18. Il est du devoir du journalisme scientifique de combattre la pseudoscience sous toutes ses formes.
  19. Le journaliste scientifique peut prendre parti ou donner des opinions par rapport à des sujets scientifiques. Mais il doit le mentionner clairement et il doit s'assurer que cela n'infecte pas son jugement.
  20. Le journalisme scientifique doit identifier les études commanditées que ce soit par des industries ou des associations militantes. Ces études peuvent être traitées, mais elles doivent être scrutées dans les moindres détails et ne pas hésiter à les critiquer comme une forme de trafic d'influence ou de corruption.
  21. Les journalistes scientifiques, travaillant dans des groupes appartenant à l'industrie, se doivent d'exercer leur métier en toute intégrité et indépendance. Ils doivent connaitre les limites de leur champ d'action et par ce fait, ils doivent informer les lecteurs sur ces limites.
  22. Le journaliste scientifique doit maitriser l'historicité de la science et des études. Une étude scientifique n'est jamais un îlot isolé, mais bien un processus continu. Il est du devoir du journaliste de connaitre l'état de la science par rapport à l'étude actuelle pour déterminer son niveau de fiabilité.
  23. Le journalisme scientifique peut faire des erreurs. Mais il doit les corriger le plus rapidement possible. Si l'article en intégralité pose un problème, alors il doit supprimer en présentant les excuses et les raisons de sa faute à ses lecteurs.
  24. La société de rédacteurs ainsi que les collègues du journaliste scientifique, coupable de fraude, ne doivent pas faire preuve de la moindre complaisance. Étant donné qu'une erreur de traitement s'apparente à une fraude scientifique, alors le journaliste scientifique doit être sanctionné avec la même sévérité.
  25. Si le journaliste scientifique est coupable d'erreurs multiples dans le traitement de l'actualité, alors il est du devoir de ses collègues et de son journal d'avertir le public sur les dérives de ce journaliste.
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charte-journaliste-scientifique.txt · Dernière modification: 2017/03/17 12:55 par houssenmoshine