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Le phénomène du Publish or Perish dans la publication scientifique

Le phénomène du Publish or Perish ou Publier ou Périr est lié à la pression sur les scientifiques de publier constamment des papiers dans des revues sous peine d'être éjecté des cercles académiques. Le concept du Publish or Perish est bien réel, mais il est important de revenir sur son historique pour comprendre qu'à une époque, il était considéré comme un électrochoc positif pour les chercheurs, mais par la suite, il est devenu une règle d'or qui s'est transformé en un mantra. Le Publish or Perish a permis également à d'autres phénomènes plus nocifs, comme le Predatory Publishing, de menacer l'intégrité de la publication scientifique.

L'origine de l'expression Publish or Perish

La première utilisation connue du terme Publish or Perish date de 1934 dans un livre intitulé Archibald Cary Coolidge, life and letters par Harold Jefferson . Notons que ce livre n'a rien à voir avec la publication scientifique puisque Coolidge était un éducateur américain à l'université d'Harvard. Coolidge est surtout connu pour être le responsable de la bibliothèque d'Harvard, mais également le rédacteur en chef du magazine Foreign Affairs. En 1938, le terme apparait dans le 24e volume de la revue Association of American Colleges Bulletin. Dans ce contexte, même s'il ne s'agit pas de contexte purement scientifique, on se rapproche déjà du point de départ de l'expression dans sa définition moderne. Mais c'était une incitation pour les chercheurs à publier des papiers plutôt qu'à critiquer le système de publication.

Il faudra attendre 1996 et un papier d'Eugene Garfield, fondateur de la bibliométrie et de la scientométrie, pour trouver une définition négative du Publish and Perish.1) . Dans ce papier où Garfield tente de retrouver l'origine de l'expression, la première référence négative de Publish or Perish semble dater de 1942 dans un livre intitulé The Academic Man: A Study in the Sociology par Logan Wilson. 2) . On y trouve l'extrait suivant :

Le pragmatisme prévalent force le groupe académique à publier quelque chose et à l'imprimer. Des impératifs situationnels dictent le credo de Publish or Purish dans les rangs.

Garfield cite également Marshall McLuhan comme l'un des utilisateurs de cette expression. Marshall McLuhan est surtout connu pour sa théorie des médias où il considère que le média va devenir plus important que le contenu qu'il produit. Dans le livre Letters of Marshall McLuhan datant de 1987, on trouve une note que McLuhan a écrit au poète Ezra Pound. Dans cette note, McLuhan utilise le mot Beaneries qu'Ezra assimile aux universités.3) Le mot Beanery peut désigner un restaurant pas cher ou une gargotte. On y trouve l'extrait suivant :

Les Beaneries (les universités) sont agenouillés devant ces personnes (les administrateurs de la fondation). Ils les considèrent comme le Père Noel. Les universités feront n'importe quelle recherche sur n'importe quoi du moment que le Père Noel les approuve. Elles penseront comme lui du moment qu'il paie les factures. Publish and Perish est le slogan des universités.

2000, une année charnière pour la publication scientifique et l'apparition du Publish or Perish

Des années 1990 à 2000, la notion de Publish or Perish est assez peu présente dans la communauté scientifique. La littérature scientifique propose quelques études, mais elles sont éparpillées dans plusieurs disciplines, mais surtout, l'expression est utilisée dans un sens positif. Mais on a déjà les premières critiques qui arrivent en 1990 avec Charles Page Smith dans son livre Killing the Spirit: Higher Education in America. 4) Page Smith est un historien américain, mais qui est également connu pour ses éditoriaux dans plusieurs journaux.

La critique de Smith est totalement différente, car il estime que les universités sont en train de tuer l'éducation supérieure en éloignant les chercheurs de l'enseignement pour se concentrer sur la publication scientifique. Le résultat est qu'on a une tonne de recherches scientifiques qui est publiée, mais l'enseignement est sacrifié dans le processus. Mais ce processus de publication effrénée est venu de critiques plus anciennes qui datent des années 1980. À cette époque, des chercheurs ont commencé à critiquer le manque de publications. Ainsi, les chercheurs effectuaient beaucoup de travaux, mais ils ne publiaient jamais. En 2005, Phil Clapham va jusqu'à dire qu'on doit couper les financements aux chercheurs qui ne publient pas assez. 5) . Dans son article, il commence par cette citation du physicien Wolfgang Pauli : Ce n'est pas grave si vous pensez lentement, mais vous devez publier plus rapidement que vous pensez. Pour Clapham, il y a beaucoup de chercheurs qui partent à la retraite ou meurent alors qu'ils n'ont jamais publié. Le résultat est que leurs travaux sont perdus pour le reste de la communauté scientifique. Toutefois, il convient de modérer cette image caricaturale du chercheur dans son coin, car c'est une image qui est obsolète depuis plusieurs décennies. Même si un chercheur disparait sans des publications officielles, l'université et ses collègues vont quand même les récupérer. Et ce type de publication, d'éditorial et de lettre ouverte a pullulé dans la période de 1990 à 2000 pour inciter les chercheurs à “publier pour ne pas disparaitre”. Dans le même temps, le budget et les salaires dans les universités ont augmenté. On avait également de nombreux départs à la retraite ce qui a poussé les universités à recruter de plus en plus et attirer les meilleurs. Ce phénomène a instauré une compétition acharnée entre les instituts. Ces derniers vont accroitre la pression sur les chercheurs, notamment les jeunes scientifiques pour qu'ils publient de plus en plus.

Mais c'est à partir de 2000 que le Publish or Perish va prendre de l'ampleur. Mais ce phénomène va exploiter 2 terreaux favorables avec la numérisation de la publication scientifique et l'apparition de l'Open Access, notamment le Gold OA qui a favorisé le Predatory Publishing. Notons que les couts exorbitants de la publication scientifique existaient bien avant les années 2000. Ainsi, on a eu le phénomène de Serials Crisis qui étaient la critique des couts d'accès aux revues.6) Face aux premières critiques sur les tarifs, les éditeurs comme Elsevier et Springer ont proposé des offres combinant plusieurs titres avec un prix pour le tout. Mais c'était une tactique purement commerciale, car les éditeurs incluaient de plus en plus de titres et le cout des abonnements ne pouvait qu'augmenter. Les Serials Crisis définissent cette augmentation croissante alors que le budget des bibliothèques n'a pas augmenté dans le même temps.

Le Gold et le Green Open Access

On distingue 2 types de publication en Open Access. Le Gold Open Access permet aux chercheurs de mettre leur article à la disposition du public dès la publication. La norme Green permet de mettre le papier dans une archive institutionnelle ou publique (arXiv ou Pubmed par exemple) selon les conditions avec l'éditeur.7)

Notons que le Gold OA n'est pas uniquement une accessibilité gratuite, mais une distribution élargie du papier avec peu de contraintes sur les utilisations. Cela permet aux autres chercheurs de reproduire plus facilement les résultats. Ces dernières années, on plaide beaucoup pour un Gold Open Access avec toutes les données disponibles. Ainsi, la fondation Gates publie ses quelque 2 500 papiers annuels sous cette norme. Le groupe Science a conclu un partenariat avec cette fondation en 2017. 8)

Si dans le cas du Gold OA, le droit d'auteur est beaucoup plus souple, le Green OA permet à la revue ou à l'éditeur de garder la totalité de ces droits d'auteur. C'est l'éditeur qui se charge de mettre le papier sur les archives publiques.

La critique de Jeffrey Beall contre l'Open Access

En 2013, Jeffrey Beall a publié un article intitulé Predatory publishing is just one of the consequences of gold open access où il détaille sa critique acerbe contre l'Open Access et son influence sur l'apparition du Predatory Publish 9) . Pour Beall, l'Open Access est un échec dans la majorité des cas, car il incite les auteurs à “payer pour publier”. Malgré le fait que de nombreux chercheurs ont salué l'initiative de Beall pour créer une liste des Predatory Publishers, beaucoup lui reprochent son attitude anti-Open Access et sa défense systématique des éditeurs comme Elsevier qui, selon lui, est la garantie d'une bonne publication scientifique. Beall estime que le mouvement Open Access est principalement l'oeuvre de chercheurs qui ont une orientation de politique de gauche. C'est principalement un mouvement anti-capitaliste qui a exploité l'expression du Publish or Perish. Beall estime que la seule différence entre la “science” et la “non-science” est l'évaluation par les pairs. Si vous supprimez ou réduisez la qualité de l'évaluation, alors des pseudosciences vont avoir leurs revues dédiées et des anti-sciences vont également publier tout et n'importe quoi.

Si la critique de Beall possède quelques arguments, elle échoue face à certains faits. Ainsi en 2012, l'université d'Harvard a publié un mémo demandant à ses chercheurs de proposer leurs papiers en Open Access et d'éviter autant que possible les revues derrière un mur payant 10) . Notons que le mémo publié par Harvard a été supprimé par la suite, car l'université estimait que c'était uniquement des discussions internes. Toutefois, le vrai problème est que même les revues évaluées par les pairs sont séduites par le modèle Open Access. Que ce soit Elsevier, Springer ou Wiley, la plupart des gros groupes proposent désormais plusieurs dizaines de revues en Open Access parce que c'est rentable. Et cela peut poser des problèmes, car BMJ, un groupe britannique d'édition très réputé dans le monde médical, possède 3 revues dédiées à l'acupuncture 11) . L'acupuncture n'est pas reconnue par la science à part un effet légèrement supérieur au placebo, mais rien de significatif.

On estime également qu'on ne critique pas suffisamment les Predatory Publishers. Étant donné que la plupart de ces éditeurs et revues douteuses sont dans les pays émergents comme l'Inde et la Chine, on estime que des scientifiques américains ou européens, qui critiqueraient ces pays, seraient taxés de racistes. Encore une fois, c'est une vision extrêmement simpliste du problème. Le Publish or Perish n'est pas né en Inde ou en Chine, mais bien en Europe et aux États-Unis puisqu'il est associé à l'Open Access. 12) Aujourd'hui, les pays émergents continuent de progresser dans la science. L'augmentation des scientifiques, des universités et des partenariats entre les pays riches et pauvres est manifeste. Il est vrai que ces pays manquent encore la culture scientifique pour proposer des papiers scientifiques fiables dans tous les domaines. Mais il faut leur donner le temps de progresser.

La réduction des budgets dans la science

Si au début des années 1990, les salaires et les budgets des universités étaient en hausse. Aujourd'hui, ils sont en baisse constante. On a 2 effets pervers avec le premier qui est une augmentation croissante du nombre de diplômés et le baisse des financements liés à la recherche. Dans ces conditions, le Publish or Perish peut fleurir comme des champignons et ce n'est pas celui qui publiera le meilleur papier, mais bien celui qui en publiera des dizaines en un délai de temps très court.

Dès 2004, Mohamed Gad-el-Hak, chaire d'ingénierie mécanique à la Virginia Commonwealth University s'inquiétait de cette course au plus grand nombre de papiers. Dans un article d'opinion, il raconte qu'il avait lu un rapport annuel d'une école d'ingénierie qui se targuait d'avoir publié 52 papiers en l'espace d'un an. Cela implique une étude toutes les semaines. Il ajoute également qu'un professeur de physique a été introduit dans une conférence comme l'auteur de 80 livres en 20 ans de carrière, soit un livre technique tous les 3 mois. Gad-el-Hak raconte également comment il a dû évaluer un livre de 200 pages qui n'avait jamais passé une seule étape de relecture à cause des nombreuses fautes et de plagiats alors que le livre coutait 50 centimes par page. L'incitation à publier ou disparaitre pouvait être intéressante du moment que le nombre de publications restait raisonnable. Mais ces dernières années, le nombre de revues scientifiques a crevé le plafond et on publie tout et n'importe quoi.

Pour avoir le nombre de papiers suffisants, les chercheurs utilisent toutes sortes de techniques. Cela peut être des partenariats fictifs avec d'autres chercheurs moins connus pour avoir leur attribution sur le papier. Mais la meilleure technique est le “Découpage du salami (Salami Slicing)” dans lequel le chercheur va “découper” une seule étude en plusieurs papiers pour atteindre son quota. 13) . Cette pratique est totalement interdite par l'intégrité scientifique, car d'une part, cela implique une duplication des hypothèses pour le même résultat, mais surtout, cela peut donner une vision biaisée au lecteur, car il pense que chaque étude est différente et donc, que l'hypothèse est globalement solide. Le Salaming Slicing mène fréquemment à l'auto-confirmation où le chercheur et son équipe vont citer les papiers qu'ils ont déjà publiés pour faire croire à une historicité de la recherche.

Le Publish or Perish est à la fois une maladie et un remède

Pour conclure, on peut dire que l'image du Publish or Perish dans la littérature scientifique est très loin de celle qui est promue par les médias et une certaine partie du public. Il faut abandonner cette idée que les gros méchants éditeurs sont complices avec les méchantes universités pour exercer une pression insoutenable sur les chercheurs pour qu'ils publient par tous les moyens.

Au lieu, la publication scientifique, comme de nombreux domaines de la société, s'est pris plusieurs évolutions et chocs majeurs en l'espace de quelques années. La numérisation et l'accessibilité globale à la connaissance, l'arrivée des pays émergents dans la science, le mouvement Open Access, la réduction des budgets scientifiques, l'augmentation effarante du nombre de diplômés et une confiance aveugle en des aspects tels que le facteur d'impact ou l'évaluation ont permis de créer une culture de publication ou de disparition. Cette culture ne va pas disparaitre parce qu'on va obliger les revues à donner les papiers, car il y aurait tous les autres problèmes à résoudre.

Toutefois, il est important que le public connaisse les coulisses de la publication scientifique et du pouvoir écrasant des gros groupes d'éditeur qui risquent de pénaliser le concept même de l'accès à la science. On doit promouvoir le mouvement Open Access, mais également être très strict pour pénaliser le Predatory Publishing. Une certaine réticence à pénaliser les auteurs, coupables de fraudes scientifiques, incite ces derniers à recommencer en perpétuant un cercle qui est tout sauf vertueux. Il est important d'inciter les scientifiques à publier, mais il est tout aussi crucial de leur laisser une marge de manoeuvre pour proposer des études fiables, reproductibles et solides. La fiabilité peut venir d'une prise de conscience que les budgets scientifiques sont largement insuffisante. La reproductibilité peut venir du mouvement Open Access et la solidité viendra d'une bonne évaluation par les pairs. Même si on cite l'évaluation par les pairs, on ne doit pas oublier qu'elle pose aussi des problèmes, car on assiste à une véritable pénurie des évaluateurs. Cette pénurie provoque des retards considérables sur l'évaluation et la publication finale du papier. Sans oublier que l'évaluation par les pairs à tendance à écarter trop rapidement les idées trop novatrices même si ce dernier aspect permet d'éviter qu'un papier prétend avoir découvert une nouvelle hypothèse de la gravitation quantique chaque semaine. 14) . Les problèmes sont nombreux et ils viennent de plusieurs aspects pervertis de la publication scientifique. Et chaque vecteur va aller vers un point central qui crée le concept du Publish or Perish qui peut s'empirer ou s'améliorer selon les décisions qui seront prises par les différents acteurs dans le futur.

Discussion

Agen Bola, 2017/05/18 06:45

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publish-or-perish.txt · Dernière modification: 2017/03/20 13:28 par houssenmoshine